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Trance

C’est un peu comme le versant enneigé d’une montagne.

 

Tu commences à glisser, tout doucement. Dans ta tête, tu as peur, parce que tu doutes d’arriver en bas, tu te dis que tu n’en es pas capable, que c’est trop dur pour toi.

Et tu te fais des films, des histoires saugrenues, que tu sais être impossibles mais que quelque part tu ne peux t’empêcher de créer. Pour toi. Rien que pour toi.

 

Et puis, au fur et à mesure que les secondes défilent, tout s’accélère, comme ces carrousels sur lesquels tu adorais chevaucher dans tes jeunes années. Le paysage, sous tes yeux, semble se fondre en une masse informe, incolore, sans saveur. Il n’y a plus que toi. Toi et la vitesse, toi et le vent dans tes cheveux, le vent dans tes oreilles, qui bourdonne encore et encore au point de masquer l’existence de tout le reste.

Plus rien n’a d’importance, ni la peur, ni le danger, rien. Comme si la consistance même de ton corps se dématérialisait, que plus rien ne pouvait t’atteindre, te toucher, te blesser.

 

Soudain, c’est la peur dévorante du doute qui tente un ultime assaut pour s’emparer de toi. Alors tu trembles, tes jambes ne te portent plus, tu sens la chute. Ta chute, inévitable, droit devant. Tu ne peux plus rien faire, elle t’attire, encore, encore, jusqu’à ne plus te laisser penser à rien d’autre, jusqu’à ce que tu ne puisses plus rien contrôler…

 

Mais tu fermes les yeux, et tu penses à toi, à ce que tu es, à ce qui te rend fort.

 

Et enfin, tu arrives en bas, essoufflé, transi de cette expérience, mais heureux. Et ce que tu as ressenti, tu voudrais le partager avec d’autres, avec tous ces gens qui t’entourent mais ne savent pas. Tu voudrais mettre des mots sur tes émotions, leur faire comprendre que pour toi c’était quelque chose de fort, quelque chose d’essentiel.

 

Mais ils ne te comprennent pas. Ils ne te comprendront jamais. Même si à leur tour ils dévalent la pente à pleine vitesse, même s’ils laissent le vent les assourdir. Ils ne comprendront pas, parce que ton expérience est unique. Elle t’appartient à toi et à toi seul.

 

Dans ce monde où chacun nous presse à communiquer, à échanger sur tout et n’importe quoi, on oublie trop souvent que les choses les plus fondamentales ne se partagent pas. Elles font parti de notre être, de notre histoire.

 

C’est comme ça.

 

Ecrit par Aesthyn, le Dimanche 8 Février 2004, 23:05 dans la rubrique "Aësthyn".

Commentaires :

Kyra
Kyra
11-02-04 à 07:38

et quand ...

et quand la pente est trop ardue ?
et quand elle est trop sinueuse ?
et quand chaque bosse cache un précipice ?
et quand les amis qui se disaient proches ne t'ecoutent plus ?
et quand ces meme amis se détournent ?
et quand on perd espoir ?
et quand...

 
Aesthyn
Aesthyn
11-02-04 à 10:12

Re: et quand ...

Alors tu dois avancer moins vite
Alors tu dois prévoir chaque virage, chaque perte de stabilité avant qu'elle n'arrive
Alors tu dois te diriger vers des obstacles moins infranchissables
Alors tu dois trouver des amis sincères, des vrais amis
L'espoir ne se perd jamais, Kyra, on oublie simplement qu'il se cache, quelque part, tout au fond de nous


 
Kyra
Kyra
11-02-04 à 13:11

Re: Re: et quand ...

enfin je retrouve cette chimère qui m'a toujours aidé...
merci...